Rapport fait
au nom de la commission des affaires économiques,
de l'environnement et du territoire
sur le projet de loi adopté par le sénat après déclaration d'urgence (n° 326),
relatif aux marchés énergétiques et au service public de l'énergie,
Par M. François-Michel GONNOT
député UMP de l'Oise.
Extrait sur
LA SÉCURITÉ DES INSTALLATIONS
INTÉRIEURES
L'autre
thème souvent évoqué à propos du gaz naturel, et qui n'entre pourtant pas dans
le champ de la transposition de la directive 98/30/CE, concerne la sécurité des
installations intérieures.
Il convient en préalable de rappeler encore une fois que le vote du projet de
loi de transposition n'aura normalement aucune incidence sur les conditions
d'approvisionnement des ménages en gaz naturel, puisque ceux-ci ne figurent pas,
dans ce texte, au nombre des clients dits « éligibles ». Leur fournisseur
restera donc toujours le même, qu'il s'agisse, comme dans la grande majorité des
cas, de Gaz de France, ou, exceptionnellement, de l'un des vingt-deux
distributeurs non nationalisés.
Le risque lié à l'utilisation du gaz naturel est souvent psychologiquement perçu
comme beaucoup plus grave que celui lié à l'utilisation d'autres sources
d'énergie. De fait, 97 % des accidents imputables au gaz naturel ont
effectivement pour origine les installations intérieures, et une analyse a
posteriori de Gaz de France a montré que, dans 90 % des cas, les accidents
auraient pu être évités si l'installation concernée avait fait l'objet d'un
diagnostic. Le nombre annuel d'accidents (un tiers par explosion, deux tiers par
intoxication), et de décès imputables au gaz a été divisé par deux depuis 1995.
Le partage de la responsabilité en matière de sécurité des installations
intérieures repose sur deux principes :
- d'une part, celui posé par l'article 46 de la loi de nationalisation du 8
avril 1946, qui établit : « les services de distribution de gaz devront cesser
toutes activités industrielles et commerciales relatives à la réparation, à
l'entretien des installations intérieures » ; c'était là une interdiction visant
à fixer une barrière au monopole ; elle exonère a priori le distributeur de
toute responsabilité, comme l'ont confirmé divers arrêts de la Cour de
Cassation, observant que « GDF n'est contractuellement et statutairement tenu
envers ses abonnés qu'à la fourniture de gaz » ; en vertu de l'arrêté du 2 août
1977 relatif aux règles techniques et de sécurité applicables aux installations
de gaz, la responsabilité du distributeur est cependant rétablie si, ayant
détecté un « danger grave et immédiat » à la suite d'un diagnostic, il
n'interrompt pas immédiatement la fourniture ;
- d'autre part, celui posé par les articles 1382 et suivants du code civil, qui
engage la responsabilité du propriétaire en cas de défaillance de la partie des
installations intérieures « qui s'unit et s'incorpore à la chose » (article 551
du code civil), et la responsabilité du locataire pour tout ce qui relève des «
réparations locatives », telles qu'elles ont été fixées par le décret n° 87-712
du 26 août 1987, à savoir pour les canalisations de gaz : « entretien courant
des robinets, siphons et ouvertures d'aération ; remplacement périodique des
tuyaux souples de raccordement ».
Aucun texte n'impose aujourd'hui un contrôle périodique des installations
intérieures de gaz. L'arrêté du 2 août 1977 relatif aux règles techniques et de
sécurité applicables aux installations de gaz établit seulement qu'une
installation neuve, complétée ou modifiée, ne peut être mise en gaz que sur
fourniture par le client au distributeur d'un certificat de conformité établi
par l'installateur. Par ailleurs, les « clients » sont tenus de faire vérifier
au moins une fois par an leurs installations de chauffage, de production d'eau
chaude, ou de cuisine, ainsi que de faire ramoner régulièrement leurs conduits
de fumées en application du règlement sanitaire départemental et du code de la
santé publique.
Pour améliorer la sécurité des installations intérieures, Gaz de France a
néanmoins lancé le projet « diagnostic qualité Gaz de France » qui consiste en
un contrôle effectué par un bureau indépendant (Qualigaz, Norisko, IS Services,
Socotec). Cette démarche s'inscrit dans le programme « qualité sécurité des
installations intérieures - QS II » mis en place par le contrat de groupe entre
l'Etat et Gaz de France, qui prévoit également d'autres actions de sécurité,
comme la promotion du dispositif Vissogaz (qui permet d'éviter le déboîtement
des tuyaux souples des appareils de cuisson, source d'un tiers des accidents).
Gaz de France assure la promotion de ce service auprès des particuliers, mais
aussi des gestionnaires de logements collectifs publics ou privés, des acteurs
publics du traitement social. Des visites sont organisées sur la base de
conventions signées avec les sociétés de HLM ou les sociétés gestionnaires de
parcs de logements privés. Un diagnostic est normalement facturé 30 euros, mais
seulement 15 euros la visite si plus de 10 logements sont concernés, et 7,5
euros la visite dans les ensembles de plus de 100 logements. Le coût unitaire de
l'opération est en réalité plus élevé, mais la différence est prise en charge
par Gaz de France au travers des tarifs de vente du gaz. Au total, depuis 1997,
un quart du parc a été contrôlé.
Si des travaux de remise en état s'avèrent nécessaires, les clients sont
rappelés par un conseiller Gaz de France, qui apporte des conseils et les
oriente le cas échéant vers des aides financières. Les propriétaires peuvent
ainsi, sous conditions, bénéficier de la prime à l'amélioration de l'habitat.
D'autres dispositifs, comme les subventions de l'Agence nationale pour
l'amélioration de l'habitat, ou les prêts à l'amélioration de l'habitat, sont
ouverts à la fois aux propriétaires et aux locataires.
Pour les personnes en situation de précarité, le contrat de groupe entre l'Etat
et Gaz de France (du 2 mars 2001) a prévu une prise en charge complète des
actions de diagnostic, qui peut aller jusqu'à l'octroi d'une aide pour les
travaux de remise en état. Le taux de contrôle du parc des logements situés en
zone urbaine sensible (près de 40 %) est d'ailleurs sensiblement supérieur à la
moyenne nationale (un peu moins de 25 %). Sur la base « facultative » de
l'article L. 261-4 du code de l'action sociale et des familles, certains
départements ont signé des conventions avec GDF pour contribuer au financement
de ce programme.
Dans la mesure où, dans la quasi totalité des cas, les personnes en situation de
précarité sont locataires, la remise en état concerne prioritairement les
simples « réparations locatives ». Cela ne correspond pas à une dépense lourde
en valeur absolue. Elle n'est lourde que relativement à la faiblesse des revenus
de ces personnes, dont les problèmes de survie sont tels qu'elles délaissent les
mesures élémentaires de sécurité.
L'amendement d'origine gouvernementale adopté par le Sénat qui rappelle les
conditions dans lesquelles les collectives territoriales et les centres d'action
sociale peuvent contribuer, sur la base de l'article L. 261-4 du code de
l'action sociale et des familles, au financement de la prise en charge des
diagnostics pour les personnes en situation de précarité, va donc dans le bon
sens.
Votre rapporteur a, de son côté, proposé de reformuler de manière plus précise
l'alinéa, ajouté au texte initial par un amendement sénatorial, concernant les
conventions passées entre les distributeurs et les bailleurs en vue d'organiser
des diagnostics en nombre.
Pour consulter le rapport complet :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/rapports/r0400.asp
(décembre 2002)