Aides à
l'accession : l'heure des collectivités locales ?
Depuis
1977, le dispositif d’aide à l’accession à la
propriété repose sur deux piliers : l’aide à la
pierre et l’aide à la personne. La première,
réservée aux primo-accédants, est accordée au regard
des ressources du ménage à la date de la réalisation
de l’opération et lui est définitivement acquise,
alors que la seconde, destinée à alléger l’effort de
remboursement, évolue en fonction du revenu du
ménage et de sa composition.
L’aide à la pierre est véhiculée par un prêt à taux
réduit qui fut initialement le PAP puis, à partir de
1995, le prêt à 0 % qui, contrairement au PAP, est
diffusé à guichet ouvert et dont l’effet
solvabilisateur est dégressif en fonction des
ressources du bénéficiaire. Un autre changement
d’importance est intervenu en 2005 : alors que
précédemment, l’aide à la pierre était réservée à
l’accession dans le neuf et aux opérations
d’acquisition-amélioration de logements existants
comportant une part importante de travaux, le prêt à
0 % peut, depuis cette date financer, - avec
toutefois un montant plus faible que dans le neuf -
l’acquisition de logements existants sans condition
de travaux.
Depuis 1995, alors que les taux d’intérêt baissaient
et que les prix immobiliers connaissaient une très
forte hausse, le montant maximum du prêt à 0 % et le
barème des tranches de revenu définissant les
conditions de remboursement sont restés inchangé. De
ce fait, la part des accédants bénéficiant des
conditions les plus avantageuses s’est réduite et
l’impact de l’aide a considérablement diminué. Dans
le segment du neuf, la part moyenne de l’aide
actuarielle véhiculée par le prêt à 0 % dans le
montant des opérations est passée de 10 % en 1996 à
4 % en 2006.
Pour des raisons similaires, l’impact des aides à la
personne s’est lui aussi fortement érodé. Le
pourcentage d’accédants susceptibles d’en
bénéficier, parmi les accédants dans le neuf ayant
obtenu un prêt à 0 %, a diminué de moitié en dix ans
et le montant moyen de l’aide a baissé de 35 % en
euros constants.
Mais l’analyse de l’impact du prêt à 0 % n’est
intelligible que si l’on prend en compte la
dimension géographique. En effet, les
caractéristiques des opérations, aussi bien que
celles des ménages bénéficiaires, diffèrent
considérablement selon la localisation. Dans les
zones les plus chères, les logements concernés sont
dans leur grande majorité des logements anciens de
petite taille et les bénéficiaires disposent
d’apports personnels très importants. A l’opposé,
dans les zones peu urbanisées, le prêt à 0 % finance
des opérations de plus grande taille - la plupart du
temps des maisons individuelles -, moins chères,
réalisées par des familles avec des apports
personnels modestes. Le montant moyen du prêt à 0 %
variant assez peu, le poids de l’aide qu’il véhicule
dans le montant des opérations est le plus élevé
dans les zones les moins chères.
De nouvelles aides, la majoration du prêt à 0 % et
le Pass-Foncier du 1 % logement, ont été mises en
place en 2007. Subordonnées à l’octroi d’une aide
locale d’un montant minimal, elles devraient
permettre de solvabiliser de façon beaucoup plus
conséquente des opérations moins nombreuses, car
plus ciblées. Il faudra toutefois attendre, pour
juger de leur efficacité, que les collectivités
territoriales aient assimilé leur fonctionnement et
pris conscience du parti qu’elles peuvent en tirer.